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L’histoire du nargile dans l’Istanbul ottomane

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L’histoire du nargile dans l’Istanbul ottomane

L’histoire du nargile (la pipe à eau turque, connue ailleurs sous le nom de narguilé) dans l’Istanbul ottomane raconte comment un objet venu d’ailleurs est devenu l’une des habitudes sociales les plus durables de la ville. En bref : la pipe à eau a gagné les terres ottomanes vers le XVIIe siècle, a trouvé son foyer naturel dans la maison de café, a survécu à plusieurs vagues de désapprobation officielle, et s’est installée dans la vie quotidienne comme la compagne des longues conversations. Trois siècles durant, elle a donné le rythme des heures sociales d’Istanbul. Voici comment cela s’est produit et ce qui en subsiste aujourd’hui.

Comment le nargile est-il arrivé dans l’Istanbul ottomane ?

La pipe à eau est arrivée en territoire ottoman par l’est, dans le long trafic de marchandises, de gens et d’usages qui circulait le long des routes commerciales de l’empire. Au XVIIe siècle, elle était établie à Istanbul, non plus une curiosité exotique mais un objet familier entre les mains des gens ordinaires.

Deux choses l’ont répandue. D’abord, elle a voyagé aux côtés d’un autre nouveau venu qui remodelait la ville au même moment : le café. Tous deux sont arrivés dans le même moment social et ont grandi ensemble, la tasse et la pipe devenant une paire assortie. Ensuite, l’objet convenait au tempérament du lieu. Il récompensait le fait de rester assis et de parler, ce qui était déjà la manière dont la ville aimait passer ses soirées. Le nargile n’a pas eu à créer une habitude. Il s’est glissé dans une habitude qui l’attendait.

Pourquoi la maison de café était-elle le cœur de la culture du nargile ?

Le kahvehane (la maison de café ottomane) était l’endroit où le nargile était le plus chez lui. Ces salles étaient le moteur social de la vieille ville, des pièces où les hommes se réunissaient pour boire du café, lire, écouter des conteurs, débattre des nouvelles, jouer au backgammon et se passer une pipe partagée. Le nargile n’y était pas un à-côté. Il faisait partie du mobilier de la vie publique.

Ce que la maison de café offrait, c’était du temps, et le nargile demandait exactement cela. Une pipe prenait un moment à préparer et plus longtemps à savourer, de sorte qu’en commander une, c’était annoncer qu’on restait. Elle ancrait une table. Autour d’elle, la conversation pouvait s’étirer des heures sans que personne ne se sente de trop. Le rythme de ces salles, sans hâte, bavard, faiblement voilé de fumée, est le rythme que le nargile emportait partout où il allait.

Ces rassemblements comptaient au-delà du seul loisir. La maison de café était l’un des rares lieux où des gens de conditions différentes se mêlaient et où l’opinion se formait et se diffusait. La pipe siégeait au centre de cet échange, petit objet partagé autour duquel se tenait une parole on ne peut plus publique.

Le nargile a-t-il déjà été interdit dans l’Empire ottoman ?

Oui, plus d’une fois, et les interdictions disent à quel point les autorités prenaient au sérieux ces lieux de rassemblement. À divers moments, les souverains ottomans ont sévi contre les maisons de café et contre l’usage du tabac, parfois avec une grande sévérité. L’objection portait rarement sur la fumée elle-même. Elle portait sur les salles, et sur la parole libre et non surveillée qui les emplissait.

Un lieu où des hommes restaient assis des heures à échanger des points de vue était, aux yeux d’un État vigilant, un lieu où le mécontentement pouvait se rassembler. Les répressions sont donc venues par vagues. Les maisons de café furent fermées, le tabac interdit, et aux moments les plus durs les peines étaient bien réelles. Pourtant l’habitude revenait toujours. Chaque interdiction finissait par se relâcher, les salles rouvraient, et la pipe revenait sur la table. Le cycle de la prohibition et du renouveau a traversé l’histoire ottomane sans jamais briser la coutume pour de bon. Les gens voulaient la compagnie, et le nargile y était lié.

Que signifiait le nargile dans la vie ottomane de tous les jours ?

Au-delà de la maison de café, le nargile s’est inséré dans la texture des jours ordinaires. Il était une institution de l’hospitalité, offert aux invités en signe de bienvenue, et un élément du loisir dans bien des milieux. Partager une pipe, c’était partager du temps, et le temps donné librement était la véritable courtoisie.

Il portait aussi une certaine dignité. Préparer un bon nargile était un savoir-faire, le charbon et le tabac veillés avec soin, et en profiter pleinement voulait dire le faire lentement, sans hâte ni ostentation. La pipe représentait une façon d’être en compagnie qui plaçait la patience au-dessus de la vitesse. Cet esprit, plus que tel mélange ou tel rituel, est ce que l’objet incarnait vraiment dans la vieille ville.

Que subsiste-t-il de cette histoire à Istanbul aujourd’hui ?

Ce qui subsiste, c’est l’esprit, pas l’empire. La grande époque de la maison de café est passée, mais le nargile fait toujours partie des soirées d’Istanbul, et ce qu’il vous demande n’a pas changé. S’asseoir avec une pipe, c’est encore ralentir, s’installer, donner son temps à la table. Les voyageurs qui l’essaient rencontrent une coutume aux racines profondes, même si le décor qui l’entoure est nouveau.

Pour une idée plus complète et plus concrète de la pipe elle-même, notre guide du nargile pour débutants explique comment elle fonctionne et comment profiter d’une première séance, et vous pouvez en lire davantage sur le nargile comme rituel social pour comprendre pourquoi il a toujours été affaire de compagnie plutôt que de fumée.

Au Moss Lounge the Bosphorus, à Süleymaniye, ce vieux rythme a un endroit où se poser. Adem, l’hôte, tient une terrasse paisible au-dessus de la péninsule historique, où un nargile, un verre de çay (thé turc) et une soirée sans hâte au-dessus de l’eau signifient encore ce qu’ils ont toujours signifié. C’est une petite suite donnée à une très longue habitude.

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